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Ils ont deux voire trois casquettes, courent souvent après le temps et naviguent entre différents univers professionnels. Quel intérêt à recruter des employés qui ont un pied hors de l’entreprise ?
On les appelle slashers (ou slasheurs), du terme anglais « slash » qui désigne la barre oblique utilisée dans leur description de poste : coach en fitness/responsable RH, agent immobilier/DJ. Auparavant, on cumulait plusieurs emplois par nécessité. Depuis une décennie, toute une catégorie d’actifs fait le choix de développer plusieurs compétences. Pour l’entreprise qui les recrute, les atouts sont nombreux.
Optimiser ses coûts
Une personne qui a un second emploi doit travailler de manière ultra structurée et posséder des qualités d’organisation irréprochables. « C’est comme pour un temps partiel. Puisqu’on est dans l’entreprise pour un quota horaire restreint, on ne se disperse pas et on vise au contraire l’hyperefficacité », témoigne Nathalie Marguerat, qui cumule deux métiers : kinésiologue à son compte et formatrice indépendante en marketing et publicité. Par le passé, elle a aussi associé son activité dans la santé avec un poste à temps partiel.
Un slasher compte ainsi différentes sources de revenus. Les coûts étant répartis entre différentes activités, la pression salariale est donc diminuée pour l’entreprise, observe Frédéric Bonjour, directeur de Romandie Formation, dont l’équipe comporte plusieurs slashers.
Profiter de profils « couteaux suisses »
Par définition, les slashers cumulent les expertises. Nutritionnistes et experts en comptabilité, chercheurs et formateurs, etc. Leurs connaissances réunissent plusieurs disciplines. Une richesse souvent insoupçonnée, mais bénéfique à l’entreprise au quotidien. « Je vois bien que mon savoir sur la gestion du stress amène des clés en matière de management d’équipe, de relations humaines, d’écoute, côté marketing », observe Nathalie Marguerat.
Bien intégrés, les slashers représentent une force non négligeable de motivation collective.
Souvent, on effectue deux métiers parce qu’on a développé une passion annexe. Or, la partager permet de nourrir l’esprit d’équipe, autorise les autres à faire de même, facilite les échanges, mais attention, la démarche doit rester désintéressée. Pas question de recruter des clients pour son activité indépendante parmi ses collègues directs ! Une déontologie irréprochable est la clé.
Retenir ou fidéliser des talents
Le temps partiel s’est démocratisé au point de devenir la règle. « On peut passer à côté de réels talents en refusant d’embaucher des personnes ayant une activité annexe », observe Frédéric Bonjour. Ces touche-à-tout ont aussi soif d’apprendre, se forment en permanence et s’ennuient rapidement. Rares sont les organisations qui peuvent satisfaire tous les besoins de développement de ces salariés curieux. Évoluer à travers un autre univers permet à ceux qui le souhaitent de se déployer et de s’épanouir pleinement. « On ne quitte pas une entreprise qui offre cet équilibre, au contraire. On reste fidèle à notre employeur parce que l’on se sent écouté », affirme Nathalie Marguerat.
S’appuyer sur des salariés équilibrés
Fréquenter plusieurs milieux apporte aux slashers expérimentés un recul certain sur leur mission. Ils savent entrevoir les changements, évitent de se surinvestir dans leur poste, et anticipent parfois mieux l’épuisement, y compris émotionnel.
Bénéficier d’une source d’innovation
Parce qu’ils fréquentent d’autres milieux, utilisent plusieurs outils, jonglent entre différentes cultures d’entreprise, les slashers sont des experts de la diversité et souvent, des intrapreneurs. On peut compter sur eux pour trouver des solutions agiles, des ressources insoupçonnées, des partenariats inédits ou des outils efficaces.
Ce sont eux qui ouvrent l’entreprise à d’autres réseaux ou à de nouveaux secteurs. Sources d’innovation interne, les slashers gagnent à être reconnus pour leur rôle moteur de changement et leurs propositions originales.
Conseils pour recruter des slashers :
— Cadrer les jours et heures consacrés à votre entreprise. Quelques maladresses peuvent arriver au début, mais elles doivent être reprises et évitées par la suite.
— Attention au pourcentage de travail. Si vous employez une personne à taux fixe (50 %, 60 %), elle ne peut pas travailler à 70 % ailleurs, ni en tant qu’indépendante. Le nombre d’heures réalisées ailleurs doit être réaliste et connu de l’employeur principal.
— Il est plus simple de recruter quelqu’un établi à son compte, plutôt qu’employé à temps partiel dans une autre organisation. Enfin, l’autre employeur, s’il y en a un, ou le client principal ne doit pas être un concurrent direct. Attention aussi aux personnes qui comptent plusieurs métiers indépendants en plus d’un emploi fixe. Toutes ces missions cumulées correspondent-elles bien à un taux d’activité maximal de 100 % ?
— Veiller aux liens sociaux. Bien entendu, un slasher ne partagera pas de repas ou de pause au quotidien avec l’équipe, mais attention à ce qu’il ou elle ne se retrouve pas exclu de la dynamique de groupe.
— Transparence et déontologie, du côté de l’employeur comme de l’employé.
Transparence sur les horaires, les disponibilités (à faire figurer au bas des mails, par exemple), mais aussi sur les informations sensibles recueillies en entreprise, et déontologie quant aux mandats et missions réalisées en sus de l’activité salariée.
En savoir plus : Profession slasheur, cumuler des jobs, un métier d’avenir, Marielle Barbe, Marabout, 2017.
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